Depuis l’agression jeudi 12 février d’un militant nationaliste et royaliste d’extrême droite et sa mort deux jours plus tard, l’ensemble de la presse patronale (de l’extrême centre à l’extrême droite) hurle d’une même voix contre la prétendue « extrême gauche qui tue ». C’est oublier un peu vite que l’écrasante majorité des crimes politiques en France sont le fait de personnes se réclamant de l’extrême droite nationaliste et raciste.
Par Simon (16 février 2026)
Des faits pas encore établis.
Rappelons tout d’abord que pour l’instant, les faits liés à cette histoire ne sont pas encore tous établis, que de nombreuses zones d’ombres persistent encore et que les déclarations des différents protagonistes diffèrent. C’est notamment le cas du collectif nationaliste et pseudo-féministe Némésis, de l’Action Française (groupuscule royaliste, nationaliste et historiquement antisémite) dans lequel le militant décédé semblait avoir une présence active et de l’avocat de sa famille, Fabien Rajon. Ce dernier tente de son côté de donner une image lisse du militant royaliste, en déclarant à l’AFP que ce dernier « défendait ses convictions sans violence, prônant un militantisme pacifique » . Or une toute autre version est donnée par le collectif Némésis et l’Action Française, qui ont déclaré, notamment dans des posts sur X (qui ont été méthodiquement effacés depuis), que le militant faisait partie de leur service d’ordre. Selon une déclaration d’Alice Cordier (présidente de Némésis) à l’AFP , celui-ci « file un petit coup de main (sic) si jamais ça devient physiquement trop compliqué pour nous. » Un service d’ordre qui file des coups de main de manière pacifique donc… L’histoire est en train d’être réécrite sous nos yeux : un service d’ordre pacifique, la guerre c’est la paix, etc.
D’autres faits bien établis.
Pendant que ce petit monde accorde ses violons pour tenter de faire croire que la France serait menacée par une « extrême gauche qui tue », les chiffres officiels montrent une toute autre vision de la réalité des violences politiques dans l’hexagone. Rappelons par exemple que la deuxième menace la plus importante selon les autorités (la première étant la menace jihadiste, pas franchement de gauche…) est la mouvance identitaire d’extrême droite avec plus de 1400 fichés S en 2024 dont 17 ayant été incarcérés -pour cette seule année pour terrorisme (118 depuis 10 ans).
Le média Contre Attaque recense 13 morts depuis 2022. Le site d’information Politis rappelle que, rien qu’en 2023, 83 attaques ont fait 115 blessés graves; au moins 3 morts pour la seule année 2025. Selon le RTV Trend Report 2024 cité par Politis, la France est le deuxième pays d’Europe dans lequel les violences d’extrême droite sont les plus importantes et, tandis que la tendance est légèrement à la baisse dans les autres pays européens, ce phénomène tend à augmenter de manière radicale en France. Le site rappelle que, selon le rapport, « la France est le seul pays où les violences préméditées et perpétrées viennent majoritairement de groupes organisés plus que d’acteurs solitaires. » et que nous sommes désormais « à l’avant-garde des violences d’extrême-droite« . Cocorico !
Cette violence ne s’exerce pas que dans les grandes villes, à Ploërmel, en 2021, deux manifestations de militants d’extrême droite ont eu lieu à deux semaines d’intervalle, la deuxième dégénérant en affrontement avec des habitants.
Une propagande réactionnaire massive.
Depuis jeudi l’ensemble de la presse patronale (médias appartenant à des milliardaires ou à des conglomérats d’actionnaires) hurle d’une même voix sur l’extrême gauche qui tuerait. Les articles ne se comptent plus qui font état d’une soi-disant menace antifasciste qui planerait sur la république, n’hésitant plus à réécrire la réalité ou à la travestir. Le Figaro ose ainsi une pirouette des plus acrobatiques, en nous expliquant que les antifascistes seraient en fait les vrais fascistes… Tentons un résumé à grand trait de la pensée réactionnaire contemporaine : « Si tu m’empêches de faire des saluts nazis ou de brandir ma croix gammée, tu es contre ma liberté d’expression et donc tu es fasciste. » Une philosophie de plateau télé, « prêt-à-penser » bas de gamme pour décérébrés n’ayant plus le temps (ni l’envie) de réfléchir ?
Le drame est instrumentalisé pour tenter de disqualifier l’opposition, quelques jours après que le ministre de l’intérieur ait qualifié le mouvement de la FI d’extrême gauche pour les prochaines municipales. Le but est clair : discréditer à tout prix tout ce qui s’apparente de près ou de loin à la gauche, à la pensée humaniste, à la solidarité, à l’union des travailleurs et des travailleuses. « Plutôt Hitler que le Front Populaire » pourrait être leur slogan.
Face à ça nous ne nous laisserons pas faire et nous continuerons de porter fièrement un autre discours.
Sources :
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/rapports/cion_lois/l16b1864_rapport-information.pdf
https://rapportsdeforce.fr/boite-a-outils/carte-2021-un-an-de-violences-de-lextreme-droite-010712334
https://tempspresents.com/2025/02/10/evolutions-des-violences-dextreme-droite/