Jeudi 26 février, la CGT SERIS, qui rassemble des salariés du gardiennage sur le territoire national, appelait à une mobilisation devant le poste de gardiennage de l’entreprise JPA de Josselin. En cause, des règles abusives concernant les congés payés des salarié.es.
Par Laurent Voiturin
Dans l’entreprise SERIS, sous-traitant de JPA, si les salaires sont annualisés, les temps de travail sont décomptés au trimestre. Une incongruité engendrée par les rapports de forces à l’intérieur de ce secteur d’activité. Le droit du travail est un droit conquis sur le front rugueux des luttes sociales, ne l’oublions jamais.
A SERIS, chaque salarié.es doit donc réaliser 455 heures par trimestre. Cela signifie que si au bout du trimestre ce seuil de 455 heures n’est pas atteint, les salariés sont tout de même payés 455 heures. L’écart entre le nombre d’heures réalisées et ces 455 heures est alors appelé « heures perdues ». Cela permet néanmoins à l’entreprise d’ajuster ses plannings sur 3 mois.
Là où le bât blesse, c’est lorsque la quantité d’heures perdues commence à être importante. Et il n’est pas rare qu’elle atteigne 30, 40, 60, 70 heures perdues. L’entreprise SERIS a trouvé la combine. Dans ces cas là, elle impose la prise des congés payés à ses salarié.es. Autant dire, elle supprime les congés payés de ses salarié.es qui se retrouvent en vacances en dehors de périodes qui auraient pu leur convenir. Les employés de SERIS sont alors contraints de travailler au moment où ils auraient voulu être en vacances. D’où la mobilisation de jeudi dernier.

Barnum, sono, distribution de tracts, journalistes… Les militants syndicaux ont déployé leur savoir-faire pour informer de la situation. Ils viennent d’Orléans, de Normandie, de Rennes, du Mans… Ils sont déterminés. Ils alertent leurs alter-égo de SERIS sur la situation, les informent de leurs droits, opposables à la direction. En se mobilisant devant un client de SERIS, ils souhaitent voir la direction de celui-ci, en l’occurrence JPA, réagir et faire pression sur leur propre direction.
Celle-ci voudrait-elle parfois s’arranger avec eux, en toute discrétion, aménager leur emploi du temps personnel? Elle sait que devant le tribunal des prud’hommes, elle perdrait. Ou bien, aurait-elle fait son calcul ? Pour quelques jugements qui lui seraient défavorables, elle continuerait de considérer les congés comme une variable d’ajustement des emplois du temps.
Alors, la CGT joue collectif. C’est ce que clame Laurent Dumontier, délégué syndical CGT de SERIS. Les militant.e.s syndicaux mobilisé.es savent combien les salarié.e.s isolé.es sont toujours les perdant.es. Ils et elles réclament l’application du droit du travail pour toutes et tous. Leurs revendications sont légitimes. Jeudi dernier, plusieurs personnes ont adhéré au syndicat. Les salarié.es de JPA ont reçu un tract et sauront trouver l’Union Locale de la CGT à Ploërmel pour défendre leurs intérêts.
A l’entrée de l’entreprise, un échange a été ouvert avec les personnes qui viennent travailler là. Tout comme les salarié.es de SERIS, beaucoup dépendent d’entreprises de sous-traitance de JPA : nettoyage, maintenance, découpe, évacuation des lisiers… Parmi eux, des travailleurs détachés en provenance de Roumanie notamment. Tous ces gens sont dépendants les uns des autres. Tous ces gens ont intérêt à s’unir, au-delà de la citoyenneté nationale, dans ce qui constitue le peuple d’aujourd’hui.
Pour celles et ceux qui le cherchaient, au-delà des grands mouvements sociaux, il est là, le combat syndical d’aujourd’hui : sur un front fragmenté où chacun.e peut avoir l’impression d’être seul.e. Les militant.es de la CGT SERIS montre l’exemple de ce qu’il faut faire.