Livre : Les débuts du capitalisme en France, de Henri Hauser

Comment est né le capitalisme en France? A quelle date est-il apparu? Quelles ont été
ses formes primitives et de quelles évolutions ont elles été suivies? Autrefois professeur
d’Histoire économique, Henri Hauser répond dans ce livre à ces interrogations en décrivant la
mutation progressive (parfois secouée de retours en arrière) du système économique et social
féodal français et son remplacement par un système capitaliste.
Dans une première partie assez courte, l’auteur revient sur l’origine du capitalisme
moderne, sur ces caractéristiques (machinisme, division du travail et concentration du capital)
mais également sur les conflits qui surgissent entre capital d’un côté et travail de l’autre et ce
depuis le début de la révolution industrielle. Mais comment en est-on arrivé là? Quels ont étés
les processus qui ont permis de passer progressivement d’une société féodale, dans laquelle le
pouvoir politique et économique est occupé par l’aristocratie (dont le rang est déterminé à la
naissance ou par les charges que l’on peut acquérir), à une société dans laquelle ces pouvoirs
passent dans les mains de la bourgeoisie (dont le rang est déterminé par le capital)?
Henri Hauser nous explique qu’il a d’abord fallu préparer les esprits. Les entreprises du
XV et XVIe siècles (dans le sens d’expéditions) nécessitaient, contrairement au commerce « de
proximité » réalisé jusqu’alors, des quantités de capitaux astronomiques, afin de financer les
navires allant faire du commerce à l’autre bout du monde, leurs cargaisons et leurs équipages.
Impossibles à financer seul, ces expéditions rendait de fait obligatoire de se regrouper entre
bourgeois et de faire appel à des prêts auprès de banques ou de particuliers afin de rassembler
les capitaux nécessaires. Sauf que jusque-là le prêt avec intérêt (l’usure) était interdit par les
textes religieux chrétiens…
Afin de développer ce type de commerce il a donc fallu justifier ce qui jusqu’alors était
considéré comme injustifiable. L’auteur nous montre comment de nombreux théologiens ont
alors été appelés au secours pour trouver dans les textes sacrés des justifications, souvent
tirées par les cheveux, à ce système. L’un d’entre eux fut le célèbre Calvin. Ils furent suivis plus
tard par les économistes mercantilistes (notamment Colbert en France) dont la doctrine était de
créer une balance commerciale positive en réalisant un excédent commercial entre importations
et exportations, ces prises de positions achevèrent de préparer les esprits à la grande
entreprise industrielle et à l’organisation économique et sociale qu’elle nécessitait.
Parallèlement à cela, l’organisation même du travail fut peu à peu modifiée. Toujours très
variée, elle fut cependant progressivement réduite à l’équation suivante : un travailleur qui vend
sa force de travail à un capitaliste qui l’emploi pour réaliser une tâche. Avant cela le travail était
soit « libre » (avec beaucoup de guillemets) : un travailleur peut s’installer où il le souhaite et
exercer son activité. Soit organisé en jurande : une « communauté jurée » (sorte de guilde) régie
par quelques individus privés et qui organise et règlemente le travail par métier et à laquelle il
faut, entre autre, payer une contribution pour pouvoir en être membre et avoir le droit de
travailler dans tel ou tel secteur). Ou bien encore organisé par les municipalités (un peu sous la
forme de jurande mais non privée) etc.
Henri Hauser nous partage ensuite de nombreux documents et nous montre comment
l’idéologie bourgeoise s’est peu à peu distillée dans les consciences, avec la parution de libres
et manuels vantant les mérites du commerce et de l’industrie comme Le Parfait Négociant de
Jacques Savary.
Un livre assez facile d’accès, sans difficultés particulières et qui décrit bien les processus
par lesquels la société française s’est peu à peu transformée, la rendant prête à passer d’un
système féodal à un système capitaliste. Très intéressant pour quiconque s’interroge sur les
notions de capitalisme, de commerce et d’organisation du travail dans l’ancien régime et de
leurs évolutions.

Aux Editions Grancher.

Simon