A Paimpont, Mélenchon annonce « la première République écologique du monde » et parle des retraites aux Déambulateurs 56

C’est parce que « le 14 Juillet symbolise l’union du peuple tout entier autour de valeurs communes… basée sur la liberté, l’égalité et la fraternité » que Matilde Hignet a organisé la troisième édition de la fête populaire du 14 juillet à Paimpont, cette fois-ci en la présence de Jean-Luc Mélenchon. La petite équipe de Déambulaterre a assisté a cet évènement. Car, comme l’a rappelé la députée d’île et Vilaine « La République française n’est pas le fruit du hasard, c’est un conquis. Des femmes et des hommes se sont battus pour nous permettre, aujourd’hui, de vivre dans une société républicaine« . Retour sur cette journée dédiée à l’Histoire autant qu’à l’avenir…

Par Cécile et Sylvain, avec des photos de Daniel

14 juillet à Paimpont. Autour de la salle de l’Etang Bleu des bénévoles s’organisent depuis la matinée. Elles et ils portent des logos rouge aux couleurs de La France Insoumise. La fête populaire de ce parti est toute particulière cette année : on attend certes Mathilde Hignet, la députée de la 4ème circonscription d’Ile et Vilaine, mais aussi Jean Luc Mélenchon. « Le futur président » comme le nommera, optimiste, Mme Hignet au micro, va débarquer dans cette commune de 1800 habitants, sur un territoire dont le député a été pendant trente ans Alain Madelin, « un ultra libéral convaincu« , remplacé par cette ouvrière agricole, fille d’agriculteurs biologiques.

Pour assurer cet évènement, les 20 bénévoles initiaux du groupe local se sont vus appuyés par une centaine d’autres issus de Rennes, de Tours et d’ailleurs. En effet, avec la sécheresse prolongée de cette troisième canicule, le préfet avait mis en place des mesures de sécurité renforcées pour les évènements accueillant du public. Il aura fallu aux équipes bénévoles trouver d’urgence trois tonnes à eau acheminées par tracteur. Les interdictions pour les fumeurs de s’approcher de la pelouse coupée trop courte, jaunie par le manque d’eau, devaient être strictement respectées.

Le matin, les équipes de bénévoles ont découvert à l’entrée technique du bâtiment un tag qui avait été peint dans la nuit : « La gauche dehors, étrangers bienvenus » en rouge, avec un logo anarchiste en noir. Tandis que face à l’entrée du parking, sur l’asphalte, était peint un autre message : « Bertegn socialist« , Bretagne socialiste en Gallo (Le Gallo, qui l’une des deux langues «historiques» de Bretagne avec le Breton, est la langue traditionnellement parlée localement).

La constitution d’ « écorégions », la proposition phare, du lancement de la campagne présidentielle de LFI, provoquerait-elle quelques inquiétudes aux amoureux de la culture locale et autres autonomistes bretons ? Craindrait-on la dislocation de la Bretagne historique ? Ou serait-ce une réaction émotionnelle de voir encore « Paris » décider ? Autre supposition : des droitards souhaitant semer le trouble ?


« C’est ici…qu’a été inventé la sidérurgie! »

A 15 heures, la salle est comble. Celles et ceux qui n’ont pas pu rentrer s’attroupent dehors. Selon les organisateurs, environ 2500 militants Lfistes ou potentiels électeurs d’une unité de la gauche, sont venus assister, certain.es avec leurs enfants, à l’inattendue présence du candidat à la présidentielle de 2027.

A l’intérieur, on crie « Mélenchon président! » La salle est chaude aux deux sens du terme en attendant le discours de la députée.

Une petite équipe de Déambulaterre a été accréditée et siège parmi les « vrais » journalistes. BFM, France Info, Le Monde… Nous sommes placés juste à coté de la représentante du Figaro. Cette journaliste à qui nous avons tendu un flyer Déambulaterre paré d’un « Stop Bolloré ! » questionne, en comprenant qu’on est du coin : « Il y a des mythes en forêt de Brocéliande. ça parle de quoi? » C’est tout vu, c’est un truc de journaliste. Dans un meeting à Brocéliande, on introduit forcément son article par une image de la mythique forêt ! Pas de bol : Mathilde Hignet casse direct l’attaque probablement prévue par notre voisine.

Au-delà de la légende, « on oublie que c’est ici, un peu avant la Révolution française, qu’a été inventé la sidérurgie…, rappelle Mme Hignet dans son discours. « Et qui dit industrie dit ouvriers, bûcherons, charbonniers, forgerons… , insiste-t-elle. Tout ce peuple de Paimpont était ouvert aux idées nouvelles. Pas loin d’ici, les gens du Thélin, un peu avant la Révolution, avaient même fondé une petite République où ils élisaient tous les ans à Noël deux édiles qui administraient le territoire« . Et d’évoquer un cahier de doléances remis au roi (voir l’article « Les cahiers de doléances de 1789 demandaient déjà la fin des injustices« ). « Déjà à l’époque les Paimpontais et Paimpontaises dénonçaient la privatisation de la forêt« . Il y a presque 250 ans, nos aïeux vivaient le même type d’accaparement et de mépris, des classes dominantes« , fait remarquer la députée. Et de conclure : « Alors quand j’apprends que des anciens du GUD, groupuscule d’extrême droite, organisent des banquets à Paimpont, là où a souffert le prolétariat breton, je suis en colère !… Ensemble, nous sommes les héritiers-tières des charbonniers de Paimpont… et nous sommes prêts à mener la révolution citoyenne!« 


« Il n’y a qu’une chose qui les arrête : c’est la résistance« 

« Nous sommes nombreux, et j’en comprends la signification« , démarre Jean Luc Mélenchon en costume cravate malgré la chaleur étouffante. Après un hommage aux martyrs de Gaza et du Liban, puis aux pompiers, il enchaîne : « Ici, il y a, dès 1653, la classe ouvrière… Nous sommes sur les pas des premiers ouvriers que connut ce pays… Qui peut oublier que l’aspect le plus tranchant de la Révolution s’est noué ici en Bretagne ! Parce que c’est ici en Bretagne, qu’eut lieu le premier des chocs les plus violents entre la masse populaire et les privilégiés de l’ancien régime pour leur retirer leurs avantages… Voici de quoi vous êtes les héritier.es.!.. », lance le candidat à la présidentielle. « Car nous sommes au pied du mur de ce grand choix, poursuit-il. « Continuons-nous à dire que les êtres humains naissent et demeurent libres et égaux en droit ou bien passons nous à autre chose?« 

Faut-il « accepter de nouveau que les êtres humains soient hiérarchisés comme le voudraient les suprématistes, par leur couleur de peau, par leur religion, par leur genre ? »… « Car avoir décidé que l’Etat était de trop, que les services publics ne servaient à rien, que la magie du marché vous trierait spontanément entre les bons et les mauvais… [fait qu’on arrive] à ce résultat que vous avez sous les yeux : la terre entière brûle… Ce n’est pas la nature qui l’a amené, c’est l’invraisemblable stupidité du capitalisme, de son accumulation, du refus de réguler et d’organiser « . Ils sont capables de tout, assène Mélenchon. »Il n’y a qu’une chose qui les arrête : c’est la résistance que vous êtes capables d’y opposer« . 

Manque scandaleux de Canadairs (si JLM est élu, la France trouvera les moyens de fabriquer ses propres avions), la loi Duplomb « criminelle« , le Plan d’urgence agricole sur lequel Matilde Hignet travaille… Mélenchon parle beaucoup d’écologie.

Il aborde enfin le thème des écorégions (1) citant « les biens communs que sont l’eau (en renforçant l’agence de l’eau)… l’air, la terre, la santé… ». (voir encadré plus bas : « Pourquoi des écorégions ?« ). Si elle tient compte des bassins versants, la carte des écorégions de LFI ne change rien, à priori, à la découpe de la Bretagne. N’en déplaise aux autonomistes Bretons, la Bretagne resterait la Bretagne actuelle.

Nous allons « Transformer la république en 1ère République écologique du monde » promet le candidat à la présidentielle.


Et la question des retraites ?

Après le meeting public, au point presse, affublés de notre accréditation « Presse », nous avons pu rejoindre la meute des journalistes. Rien d’étonnant, les questions tournent autour des petites querelles politiques sur la clim, les Canadairs… Une question tout de même sur les écorégions !

Déambulaterre se lance.

Déambulaterre : M. Mélenchon, nous, on représente un média participatif citoyen qui est né ici, suite au mouvement contre la réforme des retraites qui a été massif localement. Je ne sais pas si vous savez, mais il y a eu plus de 2000 personnes qui ont manifesté dans les rues, bloqué des rond-points…

Mélenchon : Partout en France !

Déambulaterre : Oui, mais nous parlons d’une petite ville où il ne se passe jamais rien !Derrière tout ce mouvement, il y a beaucoup de militants qui sont là aujourd’hui. On aimerait donc savoir ce que vous avez à leur dire, notamment sur les retraites. Puisque c’est un des thèmes qui nous a tous mobilisé et uni, entre citoyens et syndicats sur ce territoire.

Mélenchon : Je suis partisan de la retraite à 60 ans, je suis pour la sécurité sociale intégrale. Donc, il ne faut pas compter faire de la petite comptabilité à la petite semaine. Tous les gens que l’on prétend maintenir au travail, n’iront pas au travail, parce qu’ils sont trop âgés, ou trop abîmés déjà. Par conséquent, ils iront à la caisse de chômage. Et à la caisse de chômage, il y a déjà plus de la moitié des gens qui n’ont pas d’indemnité. Ça veut dire que l’on va rembobiner le fil de l’histoire, la France était débarrassée de la pauvreté de ses anciens, en permettant à chacun une vie meilleure. Et là, les gens vont retourner dans la pauvreté, l’usure physique, l’abandon, etc.

Voila pourquoi, quand on me dit, qu’on ne peut pas payer, je dis que ce n’est pas vrai. On peut le faire ! La sécurité sociale serait à flot si elle percevait les cotisations qu‘elle percevait normalement. Les caisses sont parfois excédentaires, on peut rétablir la loi qui permet qu’une caisse vienne au secours d’une autre lorsqu’il y a un déficit.

Alors après, je peux augmenter le nombre de cotisants, je connais une bonne méthode : On donne des papiers à tous ceux qui travaillent et qui n’en ont pas. Allez, combien y en a ? Si on rétablissait les chiffres!

Ne vous laissez pas intimider par l’idée que la retraite à 60 ans n’est pas possible. Je ne vous dis pas en 24h ! Je ne sais pas le faire! [Alors] on calcule, on prend [le problème] par tous les bouts. Tout ce qui a été sorti de la cotisation sociale [par] l’État… est une ignominie. On le remet à la sécu. [Et si] du jour au lendemain, on remet comme ça plusieurs milliards de cotisations sociales à acquitter, le système économique sur la petite entreprise tomberait à genoux instantanément. Donc on ne peut pas. Il faut rembobiner le fil avec précaution, mais on peut quand même alimenter la caisse.

[En fait] il n’y a pas de déficit social, quand ils disent que le système social coûte cher, c’est faux ! Le système social s’auto-finance. C’est parce que l’État a transféré les cotisations, les a supprimées… et ne paye pas sa part, qu’il y a un déficit. Et quand ils montrent leurs comptes, ils disent, « vous voyez, ça nous coûte tant ». Structurellement, ce n’est pas vrai que c’est la faillite qu’ils annoncent. Evidement, tu ne peux pas le faire en 24h. Mais quand tu as 5 ans devant toi, tu peux, par tranche, commencer à rembobiner le fil.

A la rentrée, on va faire la proposition de la sécurité sociale intégrale. Pour l’instant, Hadrien Clouet et les autres sont en train d’y travailler, et à ce moment vous viendrez, ou on viendra vous expliquer tout ça comme il faut.

Pourquoi des « Ecorégions » ?

Le concept de biorégions, qui n’est pas une nouveauté (2), a été pensé pour renforcer le pouvoir de décision à une échelle écologique et sociologique. Notamment via les agences de l’eau, qui existent déjà (3). Le propos n’est pas marketing, mais scientifique. Il s’agit de prendre en compte, le relief (4) avec les sous bassins versants (5), la nature du sous-sol (6), les sols (7) et les écosytèmes (8) où se développe la biodiversité spécifique au milieu (9). Cet ensemble, qui constitue notre paysage, produit 60% des précipitations grâce à l’évapotranspiration des végétaux (10) et régule le climat.

Dans la course à la modernité, les infrastructures routières, ferroviaires, urbaines, énergétiques et le remembrement agricole ont accéléré le cycle de l’eau. Selon l’agenda 2030, plus de 60% des zones humides en métropole ont disparu depuis le début du XXe siècle, dont la moitié entre 1960 et 1990. En détruisant haies et bocages, en imperméabilisant les sols, en rejetant l’eau des rivières de plus en plus vite à la mer, par le tout à l’égout, les fossés et les eaux pluviales, nous voilà démunis par trop ou pas assez d’eau.

De même, la couverture végétale remplacée par du bitume amplifie les effets du dérèglement climatique. Il y a moins d’arbres, moins d’évapotranspiration et d’ombre, ce qui climatise naturellement (11), permet l’infiltration de l’eau dans les sols et contribue au petit cycle de l’eau capable de faire la pluie.

Plus de 80% des habitats naturels de l’UE sont dans un état de conservation « médiocre ou mauvais », 52% des sols sont artificialisés. La pollution des milieux terrestres et aquatiques, la monoculture, finissent par éroder la biodiversité, dégradent les sols (leurs capacités à nous nourrir ou à stocker de l’eau et du carbone (12), et fragilisent les milieux forestiers face aux effets du dérèglement climatique. Pourtant la nature contribue à près de 50 % de l’économie mondiale.

La vidéo des discours prononcés à cette fête du 14 juillet de Paimpont est disponible sur ce lien :

Notes :

1 : https://reporterre.net/Jean-Luc-Melenchon-Une-nouvelle-gauche-d-action-a-surgi-elle-est-faite-d-insoumis-et-de

2 : https://hal.science/hal-03136419v1/file/Biore%CC%81gion.pdf

3 : https://www.eaux-et-vilaine.bzh/le-territoire/les-enjeux-du-bassin/sage-vilaine/

4 : https://fr-fr.topographic-map.com/map-cz/France-m%C3%A9tropolitaine/?center=48.02575%2C-2.15023&zoom=12

5 : https://aquagir.fr/gestion-milieux-aquatiques/connaissances/bassins-versants-definition-et-caracteristiques/

6 : https://www.brgm.fr/fr

7 : https://gissol.hub.inrae.fr/thematiques/diversite-et-proprietes-des-sols/la-texture-des-sols

8 : https://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/livret_6.pdf

9 : https://deambulaterre.org/2025/09/19/balade-forestiere-avec-sylv-nco/

10 : https://aquagir.fr/gestion-milieux-aquatiques/connaissances/leau-bleu-et-leau-verte-quelles-differences-et-quelle-gestion/

11 : https://ciag.hub.inrae.fr/content/download/5684/43122?version=1,

12 : https://deambulaterre.org/2023/12/19/a-vos-bio-seaux-citoyens/

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