Fêter le 14 juillet à Paimpont a plus de sens que l’on pourrait le penser. « L’enseignement de la grande Révolution se trouve ici ! », faisait remarquer la députée Mathilde Hignet lors de la fête populaire qu’elle a organisée à l’espace de l’Etang Bleu ce jour là. Son discours et celui de Jean-Luc Mélenchon ont été suivis d’une table-ronde sur la Révolution française. Avec la participation de Monique Bouzin, autrice de deux romans sur le début de la Révolution en Bretagne, et de Serge Bianchi, ancien professeur d’histoire à l’Université de Rennes 2 . Brève retranscription de ce passionnant cours d’histoire locale…
Par Sylvain

Serge Bianchi : Chateaubriand fait commencer la Révolution en Bretagne avec les Journées des Bricoles, les 26 et 27 Janvier 1789. La noblesse parlementaire bretonne monte une provocation contre les étudiants et les Jeunes Gens de Rennes. Il y a des tués et de nombreux blessés de chaque côté.
Monique Bouzin : Dans les jours qui suivent, étudiants et Jeunes Gens de Rennes se réunissent avec ceux de Nantes (400 Jeunes) et des délégués venus des grandes villes de Bretagne, d’Angers, de Caen et de Poitiers et signent un Pacte d’Union.
S.B. : Le roi Louis XVI demande à chaque paroisse de rédiger des cahiers de doléances pour préparer des Etats Généraux afin de regénérer le royaume.
M.B. : Le cahier de doléances de Plélan-le-Grand est constitué de 10 articles de 2 lignes chacun et demande en particulier : – l’abolition de la corvée pour l’ouverture et l’entretien des grandes routes qui pèse sur les habitants des campagnes, – l’abolition de la milice qui enlève aux laboureurs des enfants utiles et nécessaires, – la suppression des fuies (colombiers des seigneurs) et garennes (réserves de chasse des seigneurs) ; la suppression des corvées et servitudes féodales odieuses ; – que l’impôt soit réparti sur tous les sujets du roi en proportion de l’aisance et de la fortune ; – la suppression des fouages (impôt direct royal pour chaque foyer) et casernement (obligation de loger les soldats lors de leur passage) ; – que le Tiers ait un nombre égal de représentants à celui des deux premiers ordres…
(…) Les Etats généraux sont convoqués pour la fin avril 1789. Après une Assemblée Générale d’Ouverture solennelle qui réunit les 3 ordres, Clergé, Noblesse et Tiers Etat (1 760 députés), avec le roi, la reine et la Cour, le roi ordonne que chaque ordre se réunisse dans des salles séparées. Pendant six semaines, les Etats généraux sont bloqués. Au moment où quelques députés du Clergé, des curés de campagne, manifestent leur volonté de se joindre aux députés du Tiers Etat, le roi décide une Séance royale qui réunit les trois ordres. Il y fait un long discours, « Je veux…, je veux…, je veux…, j’ordonne… », puis il fait demander aux députés de sortir. Les députés du Clergé sortent, les députés de la Noblesse sortent, les députés du Tiers Etats sont tétanisés. C’est alors que Mirabeau, député du Tiers état d’Aix-en-Provence, se lève, intervient et termine par ces paroles célèbres : « Nous sommes ici par la volonté du peuple, nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes ». C’est la libération générale. Les acclamations. A partir de ce jour, quelques curés vont rejoindre les députés du Tiers, puis une vingtaine d’autres, puis des députés de la Noblesse et les Etats Généraux vont commencer à décider des premières mesures à prendre.
(…) Dès que l’annonce de la prise de la Bastille, le 14 Juillet, est connue, à partir du 20 Juillet, dans beaucoup de régions de France, les paysans montent à l’assaut des châteaux. C’est la « Grande Peur ». Mais pas en Bretagne. Il y a une confiance importante dans les députés bretons aux Etats généraux pour résoudre les problèmes du royaume en même temps qu’une confiance naïve envers le « meilleur des rois » « qui leur a parlé » comme « un père s’adresse à ses enfants ». Par contre, lorsqu’à la fin décembre 1789, les seigneurs réclament le remboursement des droits féodaux (abolis lors de la nuit du 4 Août), c’est une immense colère paysanne. De Janvier 1790 jusqu’en avril, des bandes de 400 à 600 paysans, de Rennes jusqu’à Redon, mais principalement autour de Guer, Paimpont, Mauron, vont assaillir les châteaux de la noblesse parlementaire pour exiger les papiers des droits féodaux et lorsque les seigneurs refusent de leur donner, ils incendient le château.
» Brocéliande était déjà un symbole de l’accaparement des ressources écologiques par une minorité »
Avant ces débats de la table-ronde, dans son discours, Matilde Hignet avait déjà introduit cet aspect historique. « Pas loin d’ici, les Gens du Thélin avaient fondé un peu avant la Révolution une petite République où ils élisaient tous les ans, à Noël, deux édiles qui administraient le territoire« , avait expliqué la députée en mettant en avant la petite Histoire dans la grande Histoire. Et de poursuivre : « A quelques mètres de nous, le dimanche 5 avril 1789, la messe dominicale de l’église de Paimpont avait cédé sa place à la séance de rédaction des cahiers de doléances à remettre au roi. Très vite, les débats furent l’occasion de rappeler les droits sur la forêt de Brocéliande qui se trouve toujours majestueuse tout autour de nous. Le cahier de doléances insiste sur le fait que les droits des habitants sur la forêt avaient été bafoués par le duc propriétaire de la forêt et des forges. Déjà, à l’époque, les Paimpontais et les Paimpontaises dénonçaient la privatisation de la forêt et comment cette privatisation mettait en péril leurs ressources et leur survie. Les puissants qui bradent le patrimoine commun contre la vie des citoyens et des citoyennes dans leur dos, au profit de l’intérêt d’une grande entreprise, mais quelle surprise ! Parfois, quand l’histoire s’accélère, quand les classes possédantes s’enrichissent jusqu’à plus soif, il est bon de regarder en arrière. Il y a près de 250 ans, nos aïeux vivaient le même type d’accaparement et de mépris des classes dominantes. La forêt de Brocéliande était déjà un symbole de l’accaparement des ressources écologiques par une minorité en 1789.«

Deux tomes à lire sur la Révolution en Bretagne :
« De Bretagne, Vers une espérance infinie », par Monique Bouzin.
Ce roman raconte le rôle des Bretons dans les premiers jours de la Révolution. Automne 1788. Magistrats, étudiants et Jeunes Gens de Rennes sont confrontés à la noblesse parlementaire bretonne. Des combats de rue ont lieu durant « la Journée des bricoles », en Janvier 1789. La rupture est consommée entre le Tiers état breton et la Noblesse parlementaire bretonne, accrochée de manière insoutenable à ses privilèges. Toute la Bretagne s’ébranle. Les paroisses sont saisies par la fièvre des cahiers de doléances. Dans le pays de Ploërmel, Réminiac, Beignon, Paimpont, Saint-Péran… se préparent les Etats Généraux convoqués par le roi. A Versailles, réunis dans le Club breton, les députés bretons vont être au centre du combat pour la démocratie et les droits de l’homme et du citoyen. Ils seront le fer de lance de la constitution de l’Assemblée nationale et l’abolition des droits féodaux dans la nuit du 4 Août 1789.
« Bretagne, Aube de la Révolution » , par Monique Bouzin
Novembre 1787. Augustin Thomas, journalier, voit son champ ravagé par les poules du seigneur, dans ce hameau proche de la forêt de Brocéliande. Défendre son lopin de terre va provoquer une catastrophe… A quelques lieues de là, des nobles festoient dans le château de Coëtbo et s’indignent des « novelletés » ministérielles… Les épisodes se succèdent dans cette campagne isolée. Après la sentence qui frappe le journalier, la forêt de Paimpont, profonde et redoutable, devient un lieu de refuge et de travail autour des forges, bientôt secoué par les évènements qui agitent la ville de Rennes : En mai-juin 1788, nobles bretons, magistrats, étudiants et Jeunes Gens s’insurgent contre la volonté royale de supprimer le Parlement de Rennes.
Sérieuse et enjouée, profonde et parfois amusante, cette chronique historique, en s’attardant sur quelques personnages attachants, évoque la vie des paysans bretons et des nobles, les deux pôles de la société rurale bretonne d’avant la Révolution française.
Une souple utilisation du « gallo » dans les dialogues des paysans les différencie du monde aristocratique de la noblesse pour ce récit qui retrace sans complaisance un moment de notre histoire.